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avril 6, 2008

Plainte contre l'émission Découverte du 6 avril 2008

Madame l'ombudsman de Radio-Canada,

Je voudrais porter plainte contre le reportage sur les "effets indésirables des micro-ondes qui nous envahissent" diffusé à l'émission Découverte du 6 avril 2008. J'ai trouvé cette émission alarmiste et biaisée sur plusieurs points, en voici quelques uns:

Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ma plainte,
Guillaume Filion

31 octobre 2008: Révision de l'ombudsman de Radio-Canada

J'ai joint ma plainte à celle du prof. Fenster à propos du même reportage et l'ombudsman nous a donné raison. Lire sa révision en format PDF.

9 avril 2008: Réponse de Radio-Canada

J'ai reçu cette réponse de Pierre Sormany, rédacteur en chef de Radio-Canada.

Monsieur,

Dans votre lettre adressée à Mme Miville-Dechene, ombudsman de Radio-Canada, vous déplorez le ton alarmiste du reportage de Découverte sur l’environnement de micro-ondes dans lequel nous plongent les antennes de téléphonie cellulaire et de communication sans fil (wi-fi).

Notre but n’était pas d’être alarmistes, mais de souligner qu’il existe certaines inquiétudes (appuyées sur de très nombreuses études en laboratoire) quant aux effets biologiques des micro-ondes, même à des fréquences conformes aux normes actuelles de sécurité. Si le danger réel pour les utilisateurs de cellulaire et de wi-fi reste à démontrer, et s’il est vrai que les effets à long terme d’une exposition continue ne pourront être confirmés qu’à long terme (forcément), il y a tout de même lieu de déplorer qu’entre temps, la population toute entière aura été exposée aux micro-ondes de manière constante pendant des années.

Il nous semble judicieux, dans un tel contexte, d’appliquer un certain niveau de « précaution », en imposant des limites plus strictes aux puissances émises (comme c’est le cas dans de nombreux pays) ou en imposant par exemple une distance minimale entre les antennes et les logements. Comme vous le soulignez justement, la puissance des ondes décroît avec le carré de la distance ; en passant d’une distance de quelques mètres à 300 mètres, comme on songe à l’exiger en France, on diminue la puissance d’exposition par un facteur de quelques milliers!

Notre reportage se développait sur deux volets. Le premier décrivait les sources et les niveaux d’exposition aux micro-ondes et rappelait les sources d’inquiétude; le deuxième questionnait le laxisme relatif des normes en vigueur aux Canada (et aux États-Unis).

Au delà de ce commentaire général sur le ton de notre reportage, vous mettez en cause un certain nombre d’informations précises qui y sont présentées.

  1. Concernant la puissance du wi-fi, vous écrivez :

    « Lorsque que le journaliste parle des ondes wifi émises par un ordinateur, il dit que la puissance émise pour écouter un vidéo est mille fois plus grande que pour lire un courriel. C'est techniquement faux, la puissance est toujours la même (de 50 à 100 mW), c'est la quantité d'énergie émise qui est plus grande. »

    Il y a effectivement de notre part une légère imprécision. Il est vrai que la puissance maximale d’émission est toujours la même, et dépend de la nature du dispositif d’émission et de la bande de fréquence utilisée. Mais ce qui est important, quand on considère les effets d’exposition, c’est la puissance moyenne reçue par l’organisme, c’est-à-dire la puissance maximale d’émission, multipliée par le temps d’exposition. Pour des échanges de courriels, cette émission se fait en de courtes séquences ponctuelles. Pour l’écoute d’une vidéo, on reçoit une émission d’intensité maximale de manière continue, pendant toute la durée du télé-chargement.

    Nous avons eu de nombreux échanges de courriel là-dessus avec Alistair Philips, ingénieur et consultant, qui a fait des mesures des émissions des technologies sans-fil pour la Commission Stewart, en Grande Bretagne. Voici ce qu’il nous écrit :

    « Short text documents come and go and then there is just very short bursts of background beacon handshaking going on. The other extreme is a video stream where the channel is fully occupied all of the time. The average power (which is what the authorities are mostly concerned about) difference can easily be 1000-fold, though the peak signal strength is actually the same. »
  2. Votre second reproche porte sur les mesures prises par Mme Magda Havas. Vous écrivez :

    « Lorsque Mme. Magda Havas mesure des ondes d'une puissance d'environ 1000 microWatts à 1 m d'un four à micro-ondes, le journaliste laisse croire que c'est une quantité très élevée, quand c'est en fait 0,001 watt, un millionième de la puissance du four à micro-ondes. »

    En fait, le journaliste ne laissait rien croire… Nous constations simplement les mesures prises devant nous par Mme Havas. Les fours micro-ondes sont en principe des cages de Faraday qui ne laissent pas filtrer les ondes. Dans les faits, tous les fours sont émetteurs. Les mesures prises devant nous ont été faites à environ 2 mètres de la porte du four. La loi du carré de la distance s’applique là aussi. À ½ mètre du four, l’émission aurait été 4 fois plus forte.

    Vous postulez qu’un niveau d’un milliWatt (ou 1000 microWatts) est trop faible pour qu’on s’en inquiète. Tout le débat sur les effets biologiques des micro-ondes porte là dessus. On a mesuré de tels effets à des puissances très faibles, justement, et c’est ce qui a amené de nombreux pays, provinces ou municipalités à adopter des normes d’émissions beaucoup plus sévères.

    Ainsi, la mesure faite par Mme Havas à 2 mètres du four tombe pile sur la norme d’exposition de Salzbourg, et c’est 3 000 fois au dessus de la norme d’exposition de la province de New South Wales en Australie, pour ne citer que deux exemples.

  3. Concernant le problème de l’hypersensibilité électromagnétique, vous écrivez :

    « Le journaliste ne cite pas les sources des études sur l'hypersensibilité électromagnétique, mais il me semble qu'il a délibérément ignoré les études les plus rigoureuses qui n'ont trouvé aucun lien entre les ondes électromagnétiques et les symptômes rapportés. »

    Vous rappelez ensuite le résumé de ces études publié par l’IEEE (autrefois l’Institute of Electrical and Electronics Engineers, une association professionnelle qui représente les ingénieurs, et dont la mission porte sur la promotion de la technologie). Ce résumé reprend essentiellement les conclusions du Suédois Bergqvist (1997) à l’effet que les neuf études dites « par provocation », où on a exposé des personnes atteintes de ce syndrome à des ondes électromagnétiques dans un contexte « à double insu », pour mesurer leur capacité de ressentir vraiment la présence de ces ondes, ont toutes eu des résultats négatifs.

    Mais ces études de provocation testent des effets immédiats et aigus. Elles ne tiennent pas compte du délai d'apparition des symptômes. Elles présentent toujours une seule source de champ électromagnétique, généralement stable, sans tenir compte de la réalité des émissions réelles auxquelles les gens sont confrontés. Nous avons en dossier plusieurs articles sur ces recherches. Puis-je vous citer simplement la conclusion de Norbert Leitgeb (Université technologique de Graz, en Autriche) : « Although current studies of people claiming EMF hypersensitivity did not confirm the causal link between self-associated EHS with EMF, the results show that the question still remains unsolved. » Du reste, en ce moment, dix nouvelles études de provocation sont en cours en Grande Bretagne, parce qu’on estime justement que les études précédentes n’étaient pas concluantes.

    Il demeure vrai que, comme l’écrit l’OMS (que vous citez), il « n'existe ni critères diagnostiques clairs pour l'hypersensibilité électromagnétique, ni de base scientifique permettant de relier les symptômes à une exposition aux champs électromagnétiques. (…) Il n'est pas non plus évident qu'elle corresponde à un problème médical unique. » En ce sens, elle rappelle un autre syndrome diffus, celui de l’intolérance chimique multiple (Multiple Chemical Sensitivity), qu’on a souvent associé au « sick building Syndrome ». Mais dans les deux cas, le fait que la cause précise soit difficile à déterminer ne nie pas l’existence dudit syndrome (que l’OMS admet d’ailleurs) ni le fait que les personnes se portent mieux quand on les retire de l’environnement où les symptômes sont apparus (la proximité d’une source constante d’ondes électro-magnétiques, dans le cas de l’EMS).

    Nous suivons depuis plusieurs années ce dossier des effets biologiques des micro-ondes. Nous avons déjà diffusés plusieurs reportages sur ce sujet. Notre journaliste, Michel Rochon, a consulté au fil des ans un très grand nombre de recherches, dont un peu plus de la moitié ont démontré des effets indésirables des micro-ondes, même à des puissances très faibles. Nous ne voulions pas, dans ce dernier reportage, reprendre les informations déjà données antérieurement (et disponibles sur notre site Internet). D’où le choix de ne pas citer toutes les études spécifiques… sauf notre mention du rapport BioInitiative, publié l’an passé, parce qu’il s’agit de la plus importante revue de littérature, avec plus de 2000 études recensées sur l’impact sanitaire de la pollution électromagnétique.

    Nous sommes conscients que beaucoup des effets ont été mesurés en laboratoire et ne sont peut-être pas des indicateurs exacts de ce qui se passe dans des organismes complexes. Que beaucoup de recherches sont de nature épidémiologique et ne permettent pas d’établir un rapport clair de cause à effet. Mais aussi que le délai d’apparition de certaines maladies fait que bien des recherches « négatives » ne permettent pas d’écarter l’hypothèse que les effets anticipés se produisent à plus long terme.

    Nous sommes aussi conscients qu’il s’agit toujours d’effets diffus, associés généralement à des expositions prolongées. Mais c’est justement parce que l’environnement wi-fi en train de se mettre en place présentement nous expose déjà tous à de telles expositions prolongées qu’il nous semblait essentiel de remettre en question les normes d’émissions mises de l’avant au Canada.

Permettez-moi en terminant de vous mentionner que, cette semaine même, la bibliothèque nationale de France a annoncé qu’elle abandonnait son projet d’implantation des « Hot Spots WiFi » d’accès à Internet, décision « fondée sur la littérature scientifique qui prouve les effets génotoxiques des ondes du WiFi », selon les termes du communiqué de la BNF, qui mentionne plusieurs études à l’appui.

Simplement pour vous dire que de telles décisions n’auraient pas été prises si, comme vous le suggérez, les études rigoureuses avaient démontré hors de tout doute l’innocuité des micro-ondes, aux puissances recommandées présentement.

Comme journalistes, nous n’avons pas à nous prononcer sur la pertinence de mettre en place ce vaste réseau d’émetteurs pour les cellulaires et le wi-fi. Mais nous croyons que le débat sur les normes actuelles (basées uniquement sur les effets thermiques de ces ondes, et non pas leurs effets biologiques potentiels) méritait d’être ouvert.

C’est, je crois, à ça que doit servir une télévision publique de qualité.

Le rédacteur en chef de Découverte,
Pierre Sormany

Posted by gfk at 8:11 PM | Comments (0) | TrackBack